A quelle distance êtes-vous du moment présent?

Cette question peut sembler absurde en apparence puisque le moment présent est ce qui est dans l’instant, comment dès lors peut-on en être éloigné ?

 

S’il est vrai que le moment présent est là, avec nous, à chaque instant, notre mental le voile bien trop souvent. Et nombre d’entre nous vivons prisonniers du fil(m) des pensées que nous entretenons et qui se pose tel un brouillard sur la vie que nous vivons.

L’identification au mental : prendre pour vrai ce que l’on se dit

L’identification au mental consiste à croire les pensées qui nous traversent l’esprit. Or, les pensées ne sont que des pensées et s’il peut être bon de les contempler pour prendre conscience du dialogue intérieur qui se joue en nous, il ne l’est nullement de s’y identifier, surtout quand celles-ci sont chargées de jugements amoindrissant nos capacités et faisant de toute expérience une lutte constante.

Les différentes positions vis-à-vis du moment présent

Pour expliciter plus clairement les différentes positions possibles vis-à-vis du moment présent, nous pouvons imaginer les pensées comme un film projeté sur un écran (celui du mental); selon la distance qui nous éloigne de ce film, nous serons plus ou moins conscients de ce qui se passe en (et autour de) nous et par conséquent, plus ou moins proches du moment présent…

 

En lien avec cette image (et à partir de ma propre expérience), je distingue 5 positions: à un extrême, il y a la fusion (je suis le film) et à l'autre la pleine présence (il n’y a pas de film).

Et bien que cela puisse parfois être un processus, plus généralement on saute d’une position à une autre telle une puce, à la vitesse de l’éclair et ceci, sans passer par les positions intermédiaires…

La fusion ( "je suis le film" )

C’est la position la plus éloignée de toutes ; ici, l’individu ne fait qu’un avec ses pensées, il n’y a pas une once de moment présent. L’être tout entier est envahi par le mental, cela se répercute souvent dans le corps par des tensions, des palpitations ou contractions… et toutes ces sensations plutôt que de ramener dans le présent (en ramenant au corps) engendrent d’autres histoires, d’autres pensées, d’autres émotions… Dans cette posture, le film du mental est perçu comme la réalité, celle-ci en devient alors complètement déformée et l’individu agit sans conscience de ce qu’il fait, au risque parfois de le regretter.

L’adhésion ( "je suis spectateur captivé par le film en train de se jouer" )

Cette seconde position est, à mes yeux, la plus difficile de toutes du fait du sentiment d’impuissance qu’elle suscite. Ici, la personne a conscience de son dialogue intérieur invalidant, néanmoins elle ne peut pas s’en décoller vraiment et, telle une mouche collée sur un de ces papiers adhésifs d’antan, la tête voit clairement le film qui est en train de se jouer tandis que les pattes y sont engluées. Dans cette position, j’ai conscience de ce que je me raconte et en même temps, il m’est très difficile de ne pas y adhérer (ainsi qu’aux émotions que cela suscite).

 

Dit autrement, l’individu ne fait plus tout à fait un avec la pensée qu’il entretient sans pour autant parvenir à s’en éloigner véritablement : il est spectateur captivé par le film en train de se jouer qu’il sait être une illusion et qui pourtant éveille en lui toutes sortes de sensations et quand ces dernières sont désagréables, cette posture est vraiment inconfortable.

La décision ( "je décide de sortir de la salle de ciné ou bien de redevenir spectateur" )

Une troisième position, qui passe souvent inaperçue, est celle de la décision. Ici, l’individu est sur le seuil de la porte de la salle de projection : il a le choix, soit revenir dans la posture du spectateur (au risque ensuite de redevenir le film) soit en prendre une nouvelle, celle de l’observateur ; il a désormais suffisamment de distance pour s’éloigner du film, pour faire un pas de plus vers le présent et en même temps, bien souvent, il se sent encore très attiré par l’histoire projetée (car riche en sensations et émotions). Le choix peut alors aller dans l’un ou l’autre sens…

 

Certaines pratiques (telles que la méditation, l’identification des sous-personnalités…) vont permettre d’accéder à cette position consciemment et de plus en plus souvent pour faire le choix le plus adapté à la situation et qui est souvent celui de la désidentification.

La désidentification ( "j’observe ce qu’il se passe en moi, le film est encore là mais il ne m’accroche pas" )

Cette posture permet un pas de plus vers le moment présent. Ici, l’individu voit ses pensées, son film défiler, mais ce qui est raconté n’a plus de pouvoir sur lui… L’écran est plus petit, il n’y a plus de salle de ciné, ni même d’obscurité… L’illusion ne prend plus et la lumière de l’instant présent est réapparue…

 

Dans cette posture d’observateur, il est bien plus facile d’être détendu, serein, confiant et présent à ce qui est vraiment… C’est une position où le passé, les émotions, les croyances et les sensations n’ont plus d’emprise sur la personne… C’est une position qui libère des limitations et qui permet de poursuivre ses aspirations en entreprenant les changements que l’on souhaite voir se réaliser dans sa vie et pourquoi pas… dans le monde.

La pure présence

Ici, il n’y a plus de film ni de spectateur, ni même d’observateur… Il y a la vie et ses saveurs, l’environnement et ses couleurs, le son et ses vibrations… Dans cet état de pure présence, qui arrive comme une grâce, tout est neuf… Aucun film ne vient polluer ce qui est, aucune expérience passée ne vient se poser en comparaison, aucune volonté de changer quoi que ce soit, tout est parfait et à sa juste place…

 

Vous avez probablement déjà expérimenté cet état, souvent éphémère (tant le mental essaye de s'emparer de ce qu'il perçoit); peut-être était-ce à la vue d’un coucher de soleil, au contact d’un nouveau-né, ou bien la tête tournée vers l’immensité du ciel… Peut-être aussi l’avez-vous connu de manière plus prosaïque, par exemple en faisant la vaisselle… La pure présence peut s’inviter à tout moment !

Pourquoi tant de buzz autour du moment présent ?

Si on parle tant du moment présent, c’est que celui-ci est un espace de ressourcement. S’arrêter un moment, et cesser de nourrir le flot incessant de nos pensées, voilà qui est ressourçant (car les pensées, surtout quand elles sont désagréables, consomment beaucoup d’énergie).

 

Se rapprocher de l’instant c'est se rapprocher du calme, de la paix, du repos... S’offrir de tels moments est essentiel dans notre société actuelle pour ne pas devenir victime de nous-mêmes…  De plus, s’ancrer dans le présent permet d’éviter aux tempêtes de la vie de se transformer en tsunamis... Enfin, le retour vers l’instant favorise la conscience de ce qu’il se passe en soi (quel film est en train de se jouer ? Y suis-je identifié ?) pour offrir une réponse non conditionnée par nos films intérieurs ou notre passé.

 

Alors, et vous maintenant, à quelle distance êtes-vous du moment présent?